(J'ai utilisé cet article pour écrire la page Wikipédia du Bookstagram, allez y jeter un œil !)

(Cet article est un résumé non-académique de l'article de journal suivant : Marine Siguier, « Donner à voir le lecteur sur les réseaux sociaux numériques : « Bookstagram », entre nouveaux régimes de visibilité et iconographies standardisées », Journal Études de communication, 54 | 2020. URL : http://journals.openedition.org/edc/10203 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edc.10203 )

Les Bookstagrammeurs sont principalement des femmes de moins de 30 ans, souvent amatrices du genre Young Adult.

Le nouveau rôle de la lectrice

Là où les industries médiatiques contemporaines, surtout la télévision, donnent la parole au lecteur professionnel et savant, Bookstagram met en avant le lectorat amateur et silencieux. À l'époque de la peinture, la représentation de la lectrice était très populaire, car difficile à dessiner et donc respectable en tant que forme artistique. En photo, le sujet étant silencieux et immobile, il disparaît du paysage artistique jusqu'à la réémergence du réseau social visuel. Instagram se base sur une publicisation de l'intime, mettant en scène des pratiques ordinaires comme le repas ou le sport, et la lecture s'inscrit dans ce courant.

Les lectrices d'Instagram se mettent en scène avec une littérature rarement vue comme légitime. La majorité des livres appartient au genre Young Adult, en dehors des espaces de reconnaissance institutionnelle. Il ne s'agit plus de différencier la bonne et la mauvaise littérature : c'est la littérature populaire qui est mise en avant, au-delà de potentielles considérations de qualité.

Caractéristiques de l'iconographie

Les photos ne sont pas que des photos d'ouvrages : les hashtags associés aux publications mêlent littérature et style de vie ou paysages. L'auto-représentation sur Instagram permet aux lectrices de produire leurs propres iconographies en s'éloignant de la dimension érotique souvent présente dans les représentations visuelles de femmes qui lisent. (Je publierai un article au sujet du male gaze quand j'aurai fini Le regard féminin d'Iris Brey, d'ailleurs.) Les photographies assimilent la lecture à une pratique privée et routinière, incluant par exemple une tasse de café ou un accoudoir de canapé dans l'image.

L'iconographie est stylisée, souvent plus retouchée que les photographies professionnelles. Les comptes bookstagram amateurs tendant à faire un usage intensif du flat lay et des gros plans sur des visages, corps ou objets tronqués, contrairement aux selfies plus faciles à retrouver en dehors du courant. Ces photos sont prises dans un but assumé de popularité et de visibilité.

Relations avec l'industrie

De nombreuses maisons d'édition font des partenariats avec des bookstagrammeuses, en général en envoyant gratuitement un livre en échange d'un avis sur le compte. Le partenariat est présenté comme une relation bénéfique, voire convoitée, qui ne doit cependant jamais restreindre la liberté de l'internaute, qui se doit de publier une critique sincère avec ou sans partenariats.

La relation est réciproque : les maisons d'éditions se mettent aussi à publier ce type de photos sur leurs propres comptes et un soin particulier est apporté aux couvertures de romans Young Adult afin de faciliter le partage sur les réseaux sociaux.), allez y jeter un œil !)